Fb : attention à la désillusion

Un billet un peu à contre courant, non pas pour vous décourager avant même le lancement de votre compte, mais pour relater en partie ce que c’est de travailler avec Facebook au quotidien et les contraintes qu’il impose. Je ne parlerai que de mon expérience personnelle et de ce que j’ai pu en entendre à droite à gauche, mais certains s’y retrouveront sûrement (ou alors faut que je change de poste). Ce sont des réflexions lancées comme ça, pas un essai longuement relu qui se voudrait exhaustif.

Le problème majeur de Facebook quand on l’utilise en bibliothèque est selon moi que l’on surestime beaucoup sa puissance, notamment au début. Le temps de créer une audience, de la fidéliser, de la rendre active, tout cela est long et/ou surtout demande de l’énergie. Soyons réaliste, beaucoup d’entre nous ne sont pas des bibliothèques auréolées d’un riche passé, pas des célébrités ou une structure avec un sentiment d’identité fort (genre école de commerce) qui entraîneraient l’adhésion volontaire et rapide de nos publics. Souvent, on galère au début à avoir des fans, à lancer un mouvement, à susciter des interactions. Bref ce n’est pas l’outil miracle. Alors oui on a un public potentiel élargi, une capacité de diffusion de l’information formidable, mais les fans, il va falloir aller les chercher.

Certaines bibliothèques s’en sortent très bien (avec des milliers de fans). C’est en partie parce qu’elles ont mis en place une communication diversifiée pour promouvoir leur présence sur Fb avec des jeu concours, des affiches, des animations, des contenus exclusifs. Un compte seul ne suffit pas pour créer de l’adhésion. Il faut intéresser, convaincre, intriguer. Et ce n’est selon moi pas toujours facile quand on appréhende le marketing en total amateur autodidacte.

Deuxième problème : les publications. Il n’est pas évident de trouver quoi publier chaque jour, et de varier les types de publications comme le community manager idéal devrait le faire. Or, si vous publiez de manière irrégulière (très espacée) ou toujours par retransmission automatique de vos différents flux rss, ou toujours des liens, vous allez baisser dans le edgerank de Facebook et ne serez donc plus entièrement visibles pour vos fans. Le edgerank, c’est quoi ce machin ? Ce n’est pas parce que vous publiez sur votre mur que votre information est vue par tous vos fans. Facebook utilise un algorithme (= le edgerank) pour mettre en avant des publications sur le mur d’actualités des utilisateurs qui est par défaut configuré sur « les infos les plus populaires » (il faut bien qu’il choisisse quoi valoriser, vu la somme de publications qui sont envoyées chaque jour). Peu ont pris l’habitude de choisir « les infos les  plus récentes », là où nous sommes sûrs que toutes nos publications, même nos RSS considérés comme de l’information moins intéressante car indirecte, seront vues ou tout du moins visibles. En gros, si vous ne remplissez pas les critères qu’a choisi Facebook pour considérer une publication comme intéressante, seuls vos fans ayant les infos les plus récentes vous verront, les autres ignoreront une partie de ce que vous avez publié (sauf s’ils vont sur votre mur, ce qui est rare, disons-le). Les critères du edgerank, d’après ce que j’ai pu grapiller sur le net, sont essentiellement : publications variées (liens, vidéos, photos, statuts), publications nombreuses, nombre d’interactions (plus vous avez de j’aime sur vos publications, de commentaires, plus les prochaines seront mises en avant). Donc ça ressemble un peu à de l’esclavage mais il faut publier tous les jours, et des contenus différents, en essayant de susciter quelques « j’aime ». Sans cela, vos RSS passent totalement inaperçus et Facebook devient un très mauvais outil de rediffusion et de dissémination de contenus.

Troisième problème : la veille. Facebook nécessite de se tenir informé de son actualité et de son fonctionnement sous peine de voir des onglets qui ne s’affichent plus (et ne pas s’en apercevoir), des évolutions loupées, d’ignorer totalement des précautions à prendre avant une nouvelle transformation, pour résumer une page mal pensée.  Facebook évolue vite et change régulièrement son fonctionnement (on va bien rigoler quand les pages passeront à la Timeline, tout à refaire). Tout cela prend du temps si l’on veut bien faire.

Quatrième problème, un peu moins pesant au quotidien : ce sont toujours les mêmes qui aiment ou commentent. Une petite quinzaine pour moi. C’est déjà ça me direz-vous…

Je ne vois rien d’autre pour ce soir. Loin de moi l’idée de vous dégoûter de Facebook, mais même si mon blog n’en a pas l’air, je ne souhaite pas en faire l’apologie. C’est un outil qui peut s’avérer vraiment pertinent, à la condition d’un engagement quotidien que je ne trouve pas toujours évident. Mais maintenant, vous savez où vous mettez les pieds :-)

Crédits : Hand Poetry by StripeyAnne, CC BY-NC-SA 2.0

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Analyse, partage, création en lien avec les bibliothèques.

6 responses to “Fb : attention à la désillusion”

  1. Oliburuzainak says :

    J’en comprends la difficulté, pour la phase de take-off, et sur la surveillance des changements de paramètres …pour avoir connu FB depuis 2008 et ses derniers mois tout-anglophone ! :-) Le travail et la chronophagie de l’outil sont énormes.

    De la façon dont je vois les choses, ça ne peut être qu’un travail d’équipe sur la page ; et travail qui va lui-même dépendre de ce qu’il se fait dans la bibliothèque en terme d’action culturelle, d’animation, de valorisation, de formation, etc.

    Dans la sphère professionnelle, les meilleurs utilisateurs que j’ai pu rencontrer sont soit des magasiniers qui sont cadres associatifs, soit des cadres du service com’ de l’université. Mais effectivement, il faut se vacciner contre les désillusions, notamment sur les usages des étudiants qui ne vont pas forcément fréquenter les pages institutionnelles.

  2. Daniel Bourrion (@dbourrion) says :

    Bonjour. Sur ça : « C’est un outil qui peut s’avérer vraiment pertinent, à la condition d’un engagement quotidien que je ne trouve pas toujours évident. »

    C’est la même qu’IRL dans la bib, non ? Et là, on le fait sans discuter… Donc je ne vois pas trop où est le problème… ;)

  3. Daniel Bourrion (@dbourrion) says :

    Oups.. dans « C’est la même qu’IRL dans la bib » lire « C’est la même CHOSE qu’IRL dans la bib »

    • Père Duchesne says :

      Très intéressant. Effectivement Facebook n’est pas forcément le moyen le plus facile pour attraper les étudiants. On reviendra peut-être au mail plus tard… ;-) Facebook est malheureusement la béquille du « portail de la bibliothèque »… Ce que l’on n’arrive pas à faire chez soi, on le trouve ailleurs….

      Juste deux pistes :
      – trop de travail : il faut une équipe pour les billets, or là tu es presque seule à faire tourner la boutique… Je pense qu’il faudrait une équipe de rédaction… Y’a autre chose à faire que de cataloguer…
      – l’immense majorité des gens ne postent pas de commentaires, c’est comme ça. Par contre ils lisent les articles (voir les stats).

      Père duchesne

    • livrearbitre says :

      Ce n’est pas en soi un problème, c’est juste que ça se surajoute à ce qu’on fait déjà IRL et que Fb ne s’arrête pas le week-end, ni le soir, ni pendant les vacances :)
      Publier, ça prend 2 mn ; mais la veille, la recherche d’info à publier, la surveillance de la page, les réflexions pour toucher toujours plus de monde prennent plus de temps. Comme on a forcément d’autres missions que Fb ou les réseaux sociaux, qu’une grande partie des admins sont seuls ou presque à gérer la page, ben au quotidien, si on veut vraiment exploiter l’outil à fond, ça peut être moins évident que ce que l’on croit.

  4. livrearbitre says :

    @Oliburuzainak et @PèreDuchesne : effectivement un travail d’équipe allège considérablement la charge de boulot et enrichit d’autant la page par des publications diverses. Cela permet aussi d’éviter de louper une info capitale, ou de courir sans cesse après la moindre information que l’on a entendu entre deux couloirs (plus d’oreilles = plus d’infos). Après, le travail d’équipe pose aussi d’autres problèmes que j’ai pu en partie découvrir dans une expérience antérieure, mais ce n’est pas lié à Fb là :-)

    @PèreDuchesne Ok pour l’équipe, mais tu en feras partie :).
    Et effectivement peu de gens postent des commentaires et beaucoup restent passifs, mais pour nous, plus on a de « j’aime », plus notre information est vue et plus elle est importante au yeux de Facebook. Pour jouer sur la viralité et le réseau, il faut inciter au commentaire. La passivité empêche la diffusion de l’information au-delà de notre réseau de fans déjà acquis (alors que c’est ça qui est intéressant dans Fb, un tel a aimé notre publication, un de ses amis le voit sur son mur et se dit « tiens, c’est pas mal ce que publie la BU, je vais devenir fan à mon tour »).

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