Forum « néomédia, nouveaux métiers » : compte rendu

Attention, cet article, publié en 2010, peut en certains points être obsolète.

Vendredi 12 février 2010, la section Services et Réseaux de Communication (SRC) de l’IUT Michel de Montaigne Bordeaux III organisait un forum professionnel intitulé « néomédias, nouveaux métiers ». Les étudiants ont lancé un site entièrement consacré à ce Forum annuel, et sur lequel ils proposent des comptes rendus, des photos et des interviews.

Le programme de la journée est ici.

Ne pouvant me libérer qu’en milieu d’après-midi, je n’ai pu assister qu’à la dernière demi-heure de la prestation de Gabrielle Denis, et à la présentation de Jean-Etienne Durand. Je vous livre ici mes notes, et mon appréciation personnelle en fin d’article.

Gabrielle Denis : Ne négligez pas le contenu éditorial !

Directrice d’Editoile, Gabrielle Denis a évoqué le statut de l’écriture sur le web et le métier de rédacteur web. L’écriture pour le web et l’écriture d’un texte sont différentes. En effet, l’écriture sur le web a deux destinataires distincts : l’internaute et le robot, alors que l’écriture d’un texte se concentre uniquement sur le lecteur. On n’écrit donc pas pour le web comme on écrit pour un journal, ou autres. Le rédacteur ne doit pas oublier cette particularité dans l’exercice de son métier.

Facebook et les autres réseaux sociaux impliquent une rédaction courte : on entre dans l’ère du micro-contenu.

Le rédacteur doit être associé au plus tôt au projet web d’une société. Il faut être acteur du site.

Quelles sont les compétences nécessaires pour être rédacteur web ?

  • Des compétences littéraires indispensables : il faut bien sûr savoir écrire en bon français, avec du style et sans fautes. Sur Internet, il faut être réactif et faire preuve de qualité de rédaction car le contrôle de l’écriture se fait a posteriori, après publication du contenu. Les fautes se voient donc tout de suite.

Il faut contrôler les codes typographiques et savoir écrire c’est-à-dire avoir un style percutant. Il faut une rédaction qui s’adapte au public et connaître parfaitement son sujet afin d’être pertinent et producteur d’information.

  • Des compétences techniques : la maîtrise du html est nécessaire. En effet, les sites tout faits tels que SPIP ou WordPress mettent des balises inutiles qui polluent le contenu. Il faut savoir nettoyer son texte avant publication. Savoir mettre des images, maîtriser les différents formats d’images, de vidéo est aussi indispensable.

Il faut aussi connaître les réseaux sociaux car le rédacteur devient de plus en plus animateur de communauté.

Les savoir-être du rédacteur : être capable de travailler en équipe et avoir de bonnes relations avec le client.

Un exemple concret de travail en équipe :

La Maison de l’emploi de Bordeaux a fait appel à ses services pour s’investir plus sur Internet. Le choix d’un réseau social n’était pas évident au début pour eux, ils ne pensaient pas y trouver d’intérêts. Mais en un mois, Facebook est devenu la troisième entrée sur leur site après Google et la Mairie de Bordeaux. De plus ils ont touché des publics différents qu’ils n’auraient jamais pensé toucher sur ce type d’outil. 10% des visites sur Facebook provenaient de personnes de plus de 45 ans.  Ils ont ainsi développé leur visibilité.

De nouveaux métiers apparaissent aujourd’hui : animateur de communauté, community manager,… Des mots qui ne sont même pas encore dans le dictionnaire.

Il y a des emplois dans ce type de métier, mais en marché caché. Et beaucoup travaillent en free lance.

Gabrielle Denis finit son intervention en nous conseillant la lecture de Bien rédiger sur le web, d’Isabelle Canivet.

Jean-Etienne Durand : Intelligence collective : les enjeux des réseaux sociaux.

Jean-Etienne Durand est gérant de la société Wopata, une SARL éditrice de logiciels de web applicatif. Ils sont spécialisés dans les réseaux sociaux verticaux, les applications mobiles, l’intelligence collective. L’essentiel de leurs clients sont à l’international.

Les premiers réseaux sociaux étaient du networking traditionnel : un concept éprouvé que chacun expérimente dès la maternelle.

Le concept de sérendipité est extrêmement important : c’est la capacité à dépasser les frontières des contacts-connaissances. Dans la réalité, la sérendipité est difficile. Les réseaux sociaux numériques lèvent les barrières et décuplent cette sérendipité.

Etat des lieux des réseaux sociaux.

C’est un concept récent né en 2002 avec Frienster, qui visait à créer un carnet d’adresse virtuel. La pierre angulaire de ce site était le partage.

Puis, les réseaux sociaux de masse sont arrivés, du type Facebook, Twitter (microblogging), MySpace. Leurs contenus ne sont pas structurés.

Il existe aussi des réseaux sociaux spécifiques avec un contenu contrôlé comme les réseaux sociaux de CV.

L’évolution a été très rapide. Facebook compte aujourd’hui 400 millions d’utilisateurs.

Les réseaux sociaux sont utiles en fonction de l’activité que l’on a sur ces réseaux sociaux.

Les réseaux sociaux de niche : les interlocuteurs sont passionnés par le même sujet. Les thématiques peuvent être multiples : c’est un peu tout et n’importe quoi.

Des exemples :

  • Réseau social de pompiers professionnels : FirefightersNation
  • Réseau social pour femmes enceintes : Egg (une plateforme hybride qui propose une partie éditoriale et une partie communautaire).
  • Luxurysociety : pour les amateurs de luxe qui peuvent se retrouver entre eux.
  • Terre des hommes : une ONG pour la protection de l’enfance.


Les spécificités des réseaux sociaux de niche

Le public est qualifié, impliqué, ciblé. Chaque relation peut donc avoir beaucoup d’impact.

Pourquoi utiliser les réseaux sociaux de niche ?

C’est une manière de communiquer différente, c’est un trafic sur un site professionnel. On développe sa visibilité, la sérendipité. Les membres de la communauté font des retours sur nos écrits, des commentaires, exercent des influences. La relation au client est plus sociale et personnelle. C’est du Social CRM.

Quel comportement adopter ?

  • Bien choisir son réseau social : quels objectifs en amont ? Il faut réfléchir avant même de s’inscrire (car c’est très facile de créer un profil, mais il s’agit de le faire durer).
  • Eviter le copier-coller du site, car là l’approche ne se veut pas du tout communautaire.
  • Avoir un code de langage spécifique : de la sincérité, un échange plus direct.
  • Ne jamais improviser : ne surtout pas répondre à chaud aux critiques faites sur le produit.
  • Consacrer du temps.

Le réseau social est un outil et non une finalité. C’est une passerelle vers le réel, une pré-rencontre qui débouchera sur un rendez-vous dans la vie réelle.

NEXT : Où va-t-on ?

Google Buzz tente d’intégrer et de fusionner les réseaux sociaux. Il souhaite fusionner toutes nos productions sur les différents supports du net. Toutes les informations liées à notre espace personnel viennent à nous. C’est le Web sémantique.

Les réseaux sociaux mobiles ont de l’avenir : les réseaux sociaux comme Facebook et Twitter sont majoritairement consultés via des mobiles.

Amis virtuels

Avec qui (bien) communiquer ? Le terme « ami » de Facebook était une très bonne stratégie marketing, signifiant qu’on est tous amis.

Sur 500 connexions/relations, on communique réellement avec seulement 16 d’entre eux. Ces 500 correspondent à un tableau de chasse, comme les followers sur Twitter. On voit donc la limitation des réseaux sociaux.

Nos relations ne peuvent pas être stables au-delà de 150 personnes.

L’enjeu est donc la qualification des connexions : il faut savoir sans servir. C’est là qu’intervient l’Intelligence collective.

L’intelligence collective n’est pas un phénomène surnaturel. Elle peut se comparer à l’intelligence de communauté des fourmis. La connaissance collective tire des informations de la communauté. La capacité d’une communauté est supérieure à la somme des capacités individuelles.

Il faut essayer d’élaborer des processus d’apprentissage non individuels mais communautaires.

Quatre techniques (Jean-Etienne Durand en a annoncé quatre, je n’en ai entendu que trois) sont utilisées pour augmenter l’intelligence collective des réseaux sociaux :

–          Le système de recommandation : c’est un outil utilisé par Amazon, qui suggère de nouveaux livres aux internautes en fonction de leurs recherches. Il utilise un algorithme très compliqué : il se permet de proposer des livres qui sortent des goûts de l’internaute si celui-ci est un gros consommateur, afin de le faire acheter plus. Last.fm fonctionne de même : on construit sa bibliothèque avec des morceaux de musique. Le système analyse le comportement de la communauté et propose de nouveaux morceaux. Des propositions fantaisistes sont là aussi soumises aux plus actifs.

–          La mise en relation : exemple des suggestions d’amis de Facebook. Viadeo nous propose les contacts de nos contacts, croisés avec notre localisation géographique. Il propose des gens inconnus qui pourraient être utiles.

Luxurysociety : système en fonction du pouvoir, de l’expérience. On va pouvoir trouver le bon investisseur. L’intelligence collective permet une meilleure sérendipité.

Deux types d’algorithmes sont utilisés : homogènes (avec deux utilisateurs) et hétérogènes (un utilisateurs avec des besoins).

–          La notion de groupe

Liste des algorithmes à utiliser, du moins cher mais plus limité, au plus cher mais efficace.

  1. Clustering hiérarchique / arbre de taxonomie (un corpus avec des mots-clés). Il s’agit d’analyser ce corpus pour trouver des relations entre les mots clés.
  2. K-means Clustering
  3. Optimisation : pour résoudre un certain type de problèmes, ceux qui ont beaucoup de solutions. Exemple : un voyage de 50 personnes, avec 5 ou 6 critères définis. Cet algorithme essaie d’analyser l’ensemble des paramètres pour trouver des solutions les moins mauvaises possibles.
  4. Document filtering : pour classifier. C’est le système des spams. Un plug-in peut qualifier les courriels (urgent, personnel…) par exemple.
  5. SVMs (Support Vector Matching) : c’est ce que Facebook utilise, tout comme LinkedIn depuis deux mois (la validité de l’information est plus intéressante).

Ce que Wopata a créé :

– Vinobilia : un réseau social de niche pour amateurs de vin.

– Bedycasa : un réseau social pour des voyageurs cherchant une chambre chez l’habitant, en fonction de nos envies de voyages.

Les réseaux sociaux sont construits par tous leurs participants. L’intelligence collective crée de la valeur ajoutée, donne de l’intelligence au système, ce n’est pas une simple communication.

L’intelligence collective est un outil nécessaire. Les réseaux sociaux commencent à l’intégrer, elle est présente de plus en plus sur les mobiles.

Les réseaux sociaux, c’est du web applicatif.

Appréciation personnelle.

J’ai été ravie de pouvoir assister à ces deux conférences, d’autant plus que je n’étais pas invitée… Les propos de Gabrielle Denis m’ont captivée, me donnant quelques pistes de réflexion sur les compétences que des bibliothécaires se lançant sur les réseaux sociaux devront développer. Souhaitant réfléchir à ce nouveau (et encore hypothétique) rôle d’animateur de communauté pour les bibliothécaires, j’ai pu découvrir le métier de rédacteur, qui se rapproche beaucoup de nos pratiques numériques.

La seconde conférence (j’étais venue spécialement pour elle) m’a un peu déçue par contre. Jean-Etienne Durand allait un peu vite, et la néophyte que j’étais a eu du mal à suivre (sur les algorithmes notamment). Mais le public à qui il s’adressait devait être plus calé que moi…

Certains thèmes m’ont paru intéressants :

  • les réseaux sociaux de niche que je connaissais peu : un réseau social de niche serait-il utile à nos usagers (du type « étudiants en droit », « étudiants de Bordeaux 3 », …) ? Serait-ce s’enfermer et vivre en autarcie avec uniquement des semblables, sans ouverture possible ? Ou cela permettrait-il une qualification des relations comme le stipulait Jean-Etienne Durand, et donc des relation plus « utiles » ? Un réseau de masse suffit-il / est-il assez efficace ? Je ressors de cette conférence pleine d’interrogations…
  • la vision du réseau social comme un outil et non une finalité : beaucoup l’oublient et créent des pages qu’il ne retouchent plus, en faisant une vitrine et non un lieu d’échange.
  • la notion d’intelligence collective : elle m’a beaucoup intéressée, car elle reflète un peu ce que je vis avec ce blog, recevant des commentaires éclairants, qui me font réfléchir et sans lesquels j’aurais immanquablement stagné. (Je remercie au passage tous ceux qui me lisent et m’aident dans mes réflexions). Il est seulement dommage que j’aie perdu le fil de la conférence quand Jean-Etienne a listé l’ensemble des algorithmes, car j’en ressors sans idée précise de ce que peut vraiment apporter l’intelligence collective dans le cadre précis des réseaux sociaux.

About Kanum

Analyse, partage, création en lien avec les bibliothèques.

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